[Avant-première] Mel watni de Fatima Belhadj

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[Avant-première] Mel watni de Fatima Belhadj

Message par mendasia le 22.11.07 19:41



La salle El Mouggar a accueilli, samedi soir, la projection de Mel Watni, le premier long métrage de Fatima Belhadj, en présence de la ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi, de membres du corps diplomatique accrédité à Alger, de cinéastes, d’hommes de l’art et du spectacle.
D’une durée de 1h40, le long métrage, produit par la société Louna vision, évoque la tragédie qui a marqué l’Algérie durant les années 1990 à travers le prisme d’une famille modeste composée essentiellement de femmes.
Les spectateurs sont conviés à suivre la longue descente aux enfers de la famille El Batoul, une veuve qui vit avec ces cinq filles, son fils unique attardé mental Tamani et une vieille personne sans ressources qui a été recueillie par cette famille.
Il est à saluer le talent de Chafia Boudraa qui campe le rôle de la mère aux côtés, entre autres, des comédiennes Amel Himeur, Saliha Kerbache et Nidhal.
Afin de subvenir aux besoins de la famille, la veuve vend au marché des pâtes traditionnelles (couscous, rechta, trida…) préparées par ses propres filles qui attendent vainement leur «mektoub», le prince charmant qui les libérera d’un quotidien insipide.
A travers le huis clos de ces femmes, le film dresse un terrible tableau de la violence à tous les niveaux, une violence qui ensanglante le pays mais aussi une autre, terrible, intestine, celle de «l’enfermement physique, social, sexuel, symbolique. L’univers est simplement carcéral» tel qu’il est écrit dans le synopsis du film.
Le contexte tragique des années quatre-vingt-dix, apparaît d’abord par petites touches : des sirènes d’ambulances ou de voitures de police, des cris qui résonnent à travers les murs, le récit du rescapé d’un attentat.
Puis l’actualité va pénétrer au cœur de la demeure familiale lorsque El Batoul recueillera une jeune fille séquestrée, puis relâchée par les terroristes. Cette générosité, la famille d’El Batoul va la payer très chèrement. Le spectateur, qui partageait les joies, les colères, les peines et les préoccupations de ces femmes enfermées dans leur quotidien sans perspectives, est brusquement plongé au cœur de la tragédie avec des images d’une violence inouïe. Malgré le destin horrible de cette famille, une petite lueur d’espoir demeure car la plus jeunes des sœurs, qui est étudiante, avait pris son destin en main en fuguant avec son amoureux et a pu ainsi échapper au sort cruel qui a frappé sa famille.
A travers la réalisation de ce premier long métrage, Fatima Belhadj avait pour ambition de mettre sur grand écran les raisons profondes qui ont mené toute une nation à la tragédie et tout un peuple à vivre des années sanglantes. Lors de l’avant-première qui s’est déroulée au mois de septembre dernier, la réalisatrice avait expliqué que «Mel Watni, le titre de mon film, renvoie à cette tragédie nationale qu’on a vécue, cette violence extrême qu’on a tous subie». «Je voudrais dire que quelque part nous avons une grande part de responsabilité, on est tous responsables. On est appelé à revoir nos comportements, notre façon de voir les choses, d’aimer les autres et de les accepter tels quels. C’est comme ça qu’on pourra arrêter ce qu’on est en train d’endurer. Ce n’est surtout pas des décisions politiques qui vont l’arrêter», ajoutera la cinéaste.
Sihem Bounabi 19/11/2007

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Re: [Avant-première] Mel watni de Fatima Belhadj

Message par oBen le 22.11.07 22:27

Merci Mendasia

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Re: [Avant-première] Mel watni de Fatima Belhadj

Message par mendasia le 26.11.07 21:14

c est vraiment un film a voir ...
rendez apres sa projection au grand public pour qu on piusse en discuter

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Re: [Avant-première] Mel watni de Fatima Belhadj

Message par oBen le 28.11.07 1:44

La réalisatrice Fatima Belhadj au Jour d’Algérie

«Pour que nul n’oublie»

Un film évènement? Mel Watni est aux yeux de sa réalisatrice un puzzle qui replonge les Algériens dans un profond regard évocateur de la tragédie nationale. Elle le veut un film pour la mémoire algérienne. Mieux, elle dit que c’est un miroir dans lequel l’Algérie se regarde et qui incite les Algériens à méditeer sur leur sort. Elle livre pour Le Jour d’Algérie sa vision à quelques heures seulement de la projection en prime de son œuvre aujourd’hui avant sa sortie dans les salles de cinéma vers la mi-décembre.



Propos recueillis par Fouad O.



Le Jour d’Algérie : Habituée du petit écran, vous faites une entrée au 7e art eu égard aux premiers échos très favorables pour un premier long-métrage qui sort aujourd’hui en prime. Vous avez mené une belle expérience télévisuelle. Pourquoi ce changement de cap ?

Fatima Belhadj : Oui mon expérience se résume en deux étapes : la première est la réalisation de la série «Chouf, wech rak t’chouf» de cinq épisodes thématiquement indépendants l’un de l’autre. J’en suis toute fière puisque les échos étaient plus favorables que prévus. Les gens qui nous interpellent dans la rue ont jugé que Fatima Belhadj a apporté quelque chose de différent à la télévision. Le 2e point fort de la série c’est que le public a découvert une autre facette cachée du comédien Salah Aougrout dans sa carrière. On a vu que Salah ne fait pas simplement rire mais il sait aussi véhiculer des émotions et peut faire pleurer le public. Après, j’ai fait le feuilleton «Hadath wa hadith», qui a connu autant de succès et qui est basé sur le même principe d’indépendance entre les thèmes des 30 épisodes avec le réalisateur Mohamed Oukaci en tant que producteur alors que moi je réalisais les sketches à l’intérieur avec les deux comédiens Aougrout et Bouâkaz. La révélation de cette année-là (2005-2006) qui recelait beaucoup de compétences est l’actrice Soumia Bendekoum.



Et pourquoi Mel Watni justement ?

C’est une interrogation que je me pose, que se posent tous les Algériens qui n’ont pas compris ce qui s’est passé ni ce qui se passe. Pourquoi cette violence et cette haine semées dans la société ? Pourquoi on est arrivé là ? Et qu’est-ce qui a fait que nous sombrons dans l’inconnu durant cette tranche de notre histoire pas honorifique. Car cette époque a terni la lumière jaillie de la guerre de Libération, nous avions des gens de renom qui ont honoré la société et l’histoire de ce pays. Aussi paradoxalement que cela puisse paraître, symptomatologiquement autant l’Algérie est le seul pays arabe qui a mené une guerre glorieuse, autant c’est le premier pays détruit pas ses propres fils. Du sang a coulé dans une même famille, voire entre le fils et son père. Peut-on oublier ces atrocités ? Ça m’intéressait, en tant que scénariste, comme sujet que j’ai écrit d’ailleurs avant les deux séries de télévision sus-citées. C’est dire que j’avais l’ambition de réaliser quelque chose pour le cinéma et j’ai monté le présent long-métrage.



Un témoignage sur les évènements de la décennie rouge ?

Non, ce n’est pas un témoignage comme vous dites mais c’est un film pour la mémoire, c’est pour que les générations futures n’oublient pas ce qui s’est passé. La question m’a traversé la tête un jour où je me demandais pourquoi la presse met en valeur la mort de quelqu’un de connu, alors que quand il s’agissait d’une famille qui est décimée quelque part, on dit «famille massacrée», dans l’anonymat, sans que l’on sache pourquoi. Moi j’avais envie de raconter l’histoire d’une famille algérienne simple, attentive à ses principes et très attachée aux traditions. Malgré les atrocités qu’elles subissent, les filles ne sont pas mariées, ne sortent pas, les rapports entre elles sont flibustes, la maman autoritaire leur impose tout, elles reçoivent les échos de ce qui se passe ailleurs à l’extérieur sans s’impliquer d’une manière ou d’une autre, jusqu’au moment où elles sont victimes de cette violence extrême. Elles deviennent la cible de la violence.



Vous avez figé vos sujets dans cette spirale de violence spécialement alors que loin du terrorisme, ces familles continuent de subir la hogra (injustice) dans l’Algérie profonde ?

Ce qui m’intéressait, ce n’est pas l’aspect technique, c’est l’humain qui m’intéresse le plus. Je ne suis pas pour l’exhibitionnisme technique de bien filmer un attentat par exemple ou autres effets spéciaux. Cela est secondaire, croyez-moi.



Vous avez sciemment substitué l’autorité de l’homme «totalitaire» par celle de la femme. Le choix d’une mère veuve est-il un choix délibéré ?

J’ai volontairement évité de poser la problématique de l’autorité dans les rapports hommes-femmes d’une part, puis l’idée de l’histoire de cette famille a ainsi émergé et s’est imposée comme telle. Pour moi l’homme et la femme ont tous deux subi les mêmes atrocités sans distinction de sexe ni d’âge.



Vu l’ambiance dans laquelle se tourne le film, les faits et avec le harem de femmes, votre scénario semble inspiré par la célèbre pièce de Bernarda Alba, de Garcia Lorca?

Je ne vous cache pas, en effet au départ, le squelette du scénario c’était la maison de Bernarda Alba. J’ai vu que l’ambiance et les personnages pouvaient être extrapolés sur l’histoire de cette famille. L’idée avait donc émergé de cette pièce mais qui est orientée ailleurs. El Batoul ne ressemble pas à Bernarda et les filles non plus. Elles ne subissent pas les mêmes violences ni le même sort. Absolument rien à voir. Il y a aussi un autre facteur qui m’a intéressé dans Mel Watni, c’est que les études des sociologues et des politologues prédisent que les facteurs causaux de la tragédie nationale sont politiques et économiques. Moi je dis non. Non, ça ne peut pas être que cela. Je me demande si le fait d’être chômeur, être sans toit ou célibataire mène forcément à verser dans la violence. Ces facteurs justifient-ils à eux seuls la descente dans cette horreur vécue ? Je conclus que si les facteurs cités ne sont pas négligeables, il y a d’autres facteurs encore plus graves qui ont fait que nous arrivons en conséquence à ce degré de situation douloureuse que nous vivons. On est en train, j’en suis convaincue, de vivre un problème d’identité qui se pose en premier lieu. L’identité est plus apparente dans cette errance que vit un large pan de la jeunesse. C’est dû, à mon sens, principalement à ce facteur très grave qu’on a omis, qu’est le colonialisme. Ça paraît démagogique mais c’est la réalité. Cette violence, à mes yeux, est l’héritage du colon. Pourquoi est-on violent et ce, avant même cette décennie ? Posons la question et essayons de chercher la réponse. Assurément nous allons trouver que ce caractère obéit à la loi naturelle de l’action-réaction. C’est ce qui a terni notre être, notre identité. Moi je crois, suite à toutes les atrocités coloniales subies, que nous vivons un complexe. C’est le complexe despotique.



Quel message veut transmettre Madame Belhadj ?

Honnêtement, je n’ai aucun message particulier à transmettre. Pour moi Mel Watni est cette sorte de miroir que je voulais, sincèrement, dresser en face de tout le monde. Mettre un miroir pour que la société puisse se regarder et garder en mémoire cette image et dire aussi voilà ce que l’Algérie a subi. Voilà des gens magnifiques qui sont partis comme ça bêtement pour rien, je ne veux nullement justifier que d’autres sont partis pour autre chose, loin de là. L’autre grande violence subie est ce déficit d’éducation. L’école ne véhicule plus les choses nobles. Elle a été fondamentalement ciblée ; aussi, on peut dire qu’elle est sinistrée. Il y a quelque chose qui cloche. Il y a de quoi être inquiété, s’interroger, d’où la grande question de Mel Watni.



Il y a dominance d’une forte dose de tristesse. D’aucuns vous diront que Mel Watni est un concentré d’émotions, d’évènements tragiques.

Il y a aussi beaucoup de scènes comiques où on se marre. Oui, j’ai voulu faire ce cocktail de rires et de pleurs. Car je n’avais pas l’intention de faire pleurer les gens mais de rapporter des faits tragiquement significatifs, maintenant si les spectateurs pleurent tant mieux. Cela voudrait dire que l’idée d’alerter l’opinion du drame algérien est atteinte…



Est-ce un style que vous voulez donner comme cachet pour vos œuvres futures ?

Je ne suis qu’à mes débuts, c’est un peu trop tôt de parler de style. En tous cas, l’essentiel pour moi restera ce côté humain des personnages.



Comment vous appréhendez les critiques et autres observations ?

Elles sont les bienvenues. Je les reçois avec plaisir d’autant que c’est mon premier long-métrage. J’en ai grand besoin pour situer les faiblesses, les erreurs et les points exagérés.



J’anticipe, si vous le permettez, en remarquant que vous avez opté pour une fin triste, voire chargée de tristesse. N’avez-vous pas mis une forte charge de vos propres émotions ? On vit une sorte de naufrage et point de salut. C’est le désespoir ?

Oui, c’est juste. Si le réalisateur n’a pas de charge émotionnelle à ressortir ce n’est pas la peine de faire un film. Un film sans sentiments n’en est pas un. Ce film attire l’attention de tous sur les faits dont nous avons tous goûté un bout plus ou moins amer mais c’est aussi pour dire attention nous ne sommes pas au bout du tunnel.



Si vous nous parliez brièvement du montage spécialement ?

Je vous ai dis que le scénario a pris plus de temps qu’il ne faut. Or, le tournage n’a pris que huit à neuf semaines. L’étape du montage s’est faite presque en quatre mois. J’ai eu peut-être de la chance en ayant à mes côtés des professionnels.

M. Djoudi, le patron de la boîte productrice du film Louna vision a fait beaucoup pour la réussite du montage du film. Le script, Dieu merci, a été aussi merveilleux. J’insiste sur le fait que mon film est le premier long-métrage financé à 100% algérien. Louni vision a pris le film sans prendre d’argent. C’est aussi un facteur motivant. La chance aussi m’a souri puisque le scénario a été retenu dans le cadre des festivités «Alger capitale de la culture arabe». Je dois avouer aussi que personne ne m’a dis d’enlever telle ou telle scène ou de rajouter des séquences.



De quoi sera fait l’après-Mel Watni, côté projets ?

Je penche actuellement sur l’écriture d’un nouveau sujet tragique également dont le thème est les harragas. Un sujet certes choquant que l’on doit expliquer, traiter et prendre en charge. Je ne peux vous en dire plus, chaque chose en son temps…

F. O.

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