la culture. la cinquième roue de la carrosse.

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la culture. la cinquième roue de la carrosse.

Message par mendasia le 06.01.08 23:00

Malek Bennabi disait que la culture est « l’ambiance générale dans laquelle se meut l’individu ». A la maison, à l’école, à l’université, à l’usine ou au marché, c’est cette ambiance qui définit la personnalité de l’individu et lui imprime un degré d’efficacité dans la vie.
En se référant à cette définition, le penseur note que l’individu algérien –et arabe par extension– est depuis longtemps conditionné par un degré de négativité qui limite évidemment l’efficience de ses choix et la portée de ses actions. En bref, l’«ambiance» adéquate n’y est pas ! Cette vérité caractérise à nos jours le secteur de la création, l’effort et l’efficacité ne sont pas toujours au rendez-vous. Une espèce de fatalité dramatique grève tous les acteurs en l’absence d’une politique publique opérante en la matière et d’une réelle dynamique sociale pour la porter.
Dans son célèbre discours sur la question, Bennabi parle de quatre valeurs fondatrices qu’il faut absolument réunir à cet effet. Il s’agit de l’éthique, de l’esthétique, de la logique pragmatique et de la technique. L’éthique réunit toutes les valeurs (politiques, morales, religieuses…) qui garantissent la cohésion sociale et développent le sentiment d’appartenance et d’identification à un ensemble démographique donné. La culture de cet ensemble doit nécessairement produire des valeurs esthétiques à même de lui assurer sa pérennité dans son espace naturel et de booster ses prolongements bien au-delà. « Il faudrait que dans nos rues, dans nos cafés, on trouve la même note esthétique qu’un metteur en scène doit mettre dans un tableau de cinéma ou de théâtre. Il faudrait que la moindre dissonance de son, d’odeur ou de couleur nous choque comme on peut être choqué devant une scène théâtrale mal agencée », exhorte toujours Bennabi.
Une société qui a déjà réussi sa cohésion et qui se met à produire des valeurs nouvelles aura logiquement besoin d’une organisation saine et d’une méthode adéquate pour plus d’efficacité et de persévérance dans cette voie. Et pour garder indifféremment tous les acquis cités précédemment, elle doit encore suivre de très près les développements techniques et scientifiques pour maintenir sa position dans l’environnement global qui est le sien.
Où en sommes-nous aujourd’hui dans tout cela ? Le citoyen ordinaire, généralement pris de vitesse par ses ennuis quotidiens, ne se soucie nullement de la culture. Les notions comme l’éthique et l’esthétique apparaissent comme un luxe bourgeois hors de portée. La seule hantise qui préoccupe tout le monde étant celle du gain et du profit.
Il faut gagner sa pitance, garantir celle de ses enfants, et penser à celle de ses parents. L’école a aussi tout le mal du monde à inculquer les rudiments culturels à des enfants qui préfèrent les joujoux aux livres. Désertés, les institutions et les établissements culturels se bureaucratisent. Les artistes, fonctionnarisés, se limitent au service minimum. A quelques exceptions près, ils ne font aucun effort pour pousser plus loin leur « génie » créateur, susciter l’intérêt du public, jeter cette graine magique dans le cœur d’un enfant.
« L’Algérie n’a jamais fait l’effort d’émancipation culturelle. On le voit par les absences et le vide qui caractérise le peu d’espaces culturels existants. Comment expliquer que l’on transforme des cinémas en superettes ? Comment brader une bibliothèque sans que la société ne manifeste sa désapprobation ? Quand il s’agit de culture, d’art et d’histoire, je suis très en colère par rapport à ce que je vois », écrit, à ce propos, un internaute dans un forum consacré à la question sur le site Sètif Info. L’irritation de cet internaute est parfaitement légitime dans la mesure où il ne trouve pas dans le milieu qui est le sien « l’ambiance » indispensable à sa propre émancipation. Il ajoute plus loin : « Nous devons informer, et surtout montrer la bonne voie, à nos étudiants, à nos lycéens et à nos élèves qui sont d’un niveau culturel très en dessous de la limite acceptable. Il y a peu d’écrivains et d’artistes authentiques pour mener cette révolution. Il y a aussi carence en matière de documentation de recherche à part celle léguée par la colonisation. Le manque de médias spécialisés dans la critique de l’art et de la culture se fait également sentir et la soi-disant élite excelle dans son laxisme ».
La messe est dite ! Comme la nature a horreur du vide, les gens se retournent en dernier recours vers la télévision et le multimédia pour se divertir ou s’instruire. « Le repli de la famille vers l’écran TV ou micro-ordinateur accentue l’individualisme, rompt les relations sociales et le contact nécessaire entre les individus. Les télévisions satellitaires, Google et Yahoo se chargent de définir nos aspirations et nos rêves », constate un autre internaute qui appelle les intellectuels, les associations et les pouvoirs publics à prendre vraiment conscience de ce problème et à ouvrir un vrai débat sur cette question afin de déboucher sur des analyses et des propositions concrètes et intelligentes, loin des discours creux. La culture étant comme le souligne si bien Malek Bennabi, l’émanation profonde des peuples, il appartient donc à la société de s’organiser pour établir elle-même ses propres repères culturels. L’Etat n’intervient que pour encourager et soutenir les initiatives allant dans ce sens.
On ne peut, effectivement, encadrer la culture avec des fonctionnaires dont les seuls soucis sont de voir leur échelon évoluer ? Cette problématique interpelle tout le monde, et le débat tant souhaité doit toucher toutes les franges de la société au même titre que les intervenants directs dans le domaine. L’enseignant, le parent d‘élève, l’étudiant, le chauffeur de taxi, le concierge, le tenancier d’un café, l’artiste, son éditeur ou son promoteur, doivent tous contribuer à redonner au mot culture ses lettres de noblesse, car aujourd’hui, elle fait malheureusement figure de cinquième roue de la charrue.
Kamel Amghar

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