Anniversaire de la grande comédienne

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Anniversaire de la grande comédienne

Message par mendasia le 07.02.08 14:52

Dès 1930, Keltoum – de son vrai nom Adjouri Aïcha – s’investissait pleinement dans l’espace théâtral.
La sphère culturelle algérienne célèbre le 92e anniversaire de la naissance de Keltoum, née le 4 février 1916 à Blida ; le nom de cette femme qui a contribué à façonner l’espace théâtral et l’image cinématographique algériens demeure une référence manifeste lorsque nous évoquons le rôle de la femme dans l’arène artistique.
Dès 1930, Keltoum – de son vrai nom Adjouri Aïcha – s’investissait pleinement dans l’espace théâtral. Guidée par une extraordinaire inclination artistique spontanée, elle sut imposer le personnage féminin dans la représentation dramatique. Elle est considérée comme étant la première femme comédienne, celle qui entama une irruption productive d’élégance dans le cercle théâtral, dominé à l’époque par des actions masculines. En rejoignant la troupe théâtrale de Mahieddine Bachtarzi dès les années 1930, elle sut imprimer toute une dynamique culturelle sur les planches, la présence féminine devenant une nécessité impérieuse dans le processus théâtral algérien. Keltoum va agir comme un catalyseur artistique au sein de la corporation théâtrale. Elle va investir l’espace de la représentation selon une prestation soutenue, ceci sans aucune formation réelle et sans aucune formation au préalable ; c’est son tempérament personnalisé qui éleva son activité artistique en une prise en charge totalisante de la scène. La portée de sa voix inondait les salles de théâtre, comme une parole aérée où la langue arabe dialectale se répercutait au sein des nombreux publics sur tout le territoire de l’Algérie. Comment cette voix destructurait les préjugés coloniaux, comment elle véhiculait toute une philosophie populaire qui reflétait réellement les aspirations des populations algériennes, marquées par une violence colonialiste dévastatrice ? Cette prise de parole d’une femme d’Algérie était perçue, à l’époque, comme une nouvelle initiative dans la voie émancipatrice de la communauté algérienne face à l’adversité coloniale. La scène théâtrale prenait donc un nouvel essor grâce à cette participation féminine de Keltoum. Elle allait apporter une empreinte qualitative au jeu scénique, et ceci comme une comédienne qui représente pratiquement la voix de l’Algérie. Elle allait jouer dans de nombreuses pièces théâtrales. De 1930 à 1991, Keltoum développa toute une action artistique où l’enthousiasme de cette femme ne s’estompa guère ; nous sommes admiratifs devant tant de détermination, face à cette pulsion pratiquement juvénile de Keltoum, ayant maîtrisé l’espace théâtral durant plus de 60 années ! L’engouement pour le 4e art a permis à l’artiste Keltoum de vaincre les aléas de l’âge. Un enthousiasme débordant et une élocution manifeste caractérisent le profil artistique de cette comédienne émérite. Les tournées de Keltoum en Algérie, en Belgique, en France et dans de nombreux théâtres du monde vont exprimer toute l’énergie vitale de cette actrice. Le jeu de Keltoum traduit cette adéquation entre les rôles de composition et les rôles multiples qu’elle eut à camper. A l’aise dans la personnage de Desdemone dans «Othello» de William Shakespeare, traduite en arabe par Ahmed Tewfik El Madani (1952), elle eut également à étaler ses dons artistiques extraordinaires dans le rôle de La Ponsice (la servante) dans la pièce de Bernada Alba, jouée à Alger en 1989.
Ayant campé des rôles dans plus de soixante-dix pièces de théâtre et dans plus d’une vingtaine de films, Keltoum est elle-même une matrice culturelle qui se confond avec l’itinéraire culturel algérien durant plus de 60 années. Avant notre indépendance en 1962, Keltoum représentait la détermination de la femme algérienne de se libérer du joug colonial. Son action artistique était motivée par cette réappropriation de la parole algérienne pour en faire un axe de revendications sociales et politiques. Elle chante également des airs nationalistes drapée dans une robe où figuraient les drapeaux arabes, ce qui lui valut une sanction de la part des autorités coloniales. Le théâtre, le chant et le cinéma vont permettre à Keltoum de saisir les segments culturels algériens dans une optique d’affranchissement communautaire durant la période coloniale, et ce, de 1930 à 1956.
Avec l’indépendance retrouvée, Keltoum reprendra ce flambeau culturel algérien pour jouer dans les pièces programmées par le T.N. A. Elle eut l’insigne honneur de camper le personnage de la mère dans la pièce de Abderhalim Raïs «Les enfants de la Casbah», en janvier 1962, au côté du regretté Mustapha Kateb. Elle ne cessa d’asseoir sa vitalité artistique débordante et ce, jusqu’en 1991, où elle joua avec Rouiched dans sa pièce «les concierges». Un fait culturel important marque les balises du théâtre algérien lorsqu’en 1987, Keltoum fut distribuée par la première femme metteur en scène, Fawzia Aït El Hadj, dans la pièce d’Arthur Miller, «La mort d’un commis voyageur». Cette rencontre entre deux voix féminines a permis au théâtre algérien d’ouvrir des perspectives d’action culturelle à de nombreuses comédiennes, celles qui alimentent la parole dramatique d’une intensité manifeste.
En ce 92e anniversaire de la naissance de Keltoum, l’espace culturel algérien lui témoigne toute sa reconnaissance et lui souhaite de nouveaux succès.
Par Mohammed Chérif Ghebalou

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