difficile de financer un film sur la guerre d'Algerie

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difficile de financer un film sur la guerre d'Algerie

Message par algerietélé le 17.09.07 14:46


« Il est très difficile de financer un film sur la guerre d’Algérie »

Laurent
Herbiet est un réalisateur courageux. Son film sur la guerre d’Algérie
intitulé Mon colonel, a révélé au public français mais aussi algérien
un metteur en scène talentueux autant qu’original mais aussi un
cinéaste audacieux. Un auteur qui a pris des risques.


Car, de nos jours, faire un film qui traite de la guerre en France
relève de la gageure. Surtout et particulièrement, lorsqu’il s’agit de
la guerre d’Algérie, car il y a, dit-il, « toujours une honte évidente
à parler et à entendre parler d’une période qui constitue une tâche
indélébile sur la réputation du soi-disant pays des droits de
l’homme ». Laurent Herbiet a pris des risques en allant farfouiller
dans les volumineux dossiers de cette terrible tragédie. « Les gens
d’en haut » n’aiment pas qu’on secoue ainsi le cocotier de l’histoire.
Qu’on bouscule, comme il l’a fait, des croyances nées de l’ignorance
et/ou des silences qui pèsent sur des événements dont la brutalité
s’est inscrite dans la chair et la mémoire des uns et des autres.
Beaucoup d’acteurs encore vivants n’aiment pas qu’on leur jette à la
face, même dans la solitude de l’obscurité d’une salle de cinéma, « des
choses pas belles » desquelles ils se sont rendus coupables. De plus,
les sous pour le financement d’un film sur la guerre d’Algérie ne se
trouvent pas sous les sabots d’un cheval. « La raison généralement
invoquée étant, nous confie-t-il, qu’il y a peu de chances de faire
d’un tel film un succès public ».Ce jeune réalisateur, pour se rendre
la tâche encore plus difficile, a tenu à ce que son film se fasse sur
les lieux-mêmes du drame. C’est à Saint Arnaud que le romancier Francis
Zamponi a situé son histoire, coscénarisée par Costa Gavras et c’est
« tout naturellement » à El Eulma en Algérie que Laurent Herbiet a
tourné son film. C’est un risque parce qu’en Algérie, on a désappris
l’industrie cinématographique. Nos techniciens et autres intervenants
dans les métiers du cinéma, naguère si sagaces et avisés, se sont
rouillés. Il est vrai que chez nous, le cinéma est un art en péril.
Mais ne mélangeons pas les propos, cela est une affaire interne.
Laurent Herbiet, que nous avons rencontré, nous a néanmoins assuré que
sans la partie algérienne, le film aurait été impossible. Aussi, a-t-il
tenu à rendre hommage à toutes celles et ceux qui l’ont aidé dans son
aventure intellectuelle.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans le roman de Francis Zamponi (1) ?
Le livre de Francis se trouvait être un parfait condensé des
différentes problématiques de ce conflit (à savoir la fin, choisie ou
imposée, de la colonisation, le contrôle des populations, l’emploi de
la torture, le devenir de la population européenne...) et des
personnes, surtout françaises, qui avaient été emblématiques de cette
période (les politiques, Mitterrand, Mollet, comme les militaires,
Massu, Bigeard, Aussaresses, Argoud, Trinquier, Paris de la
Bollardière). Cela faisait du livre un scénario d’une grande richesse
qui permettait d’éviter et les clichés et un trop grand didactisme.
Le colonel, qui parait quelque peu surdimensionné, semble mener une guerre personnelle qui sousdimensionne la responsabilité des politiques dans les exactions et dépassements qui ont marqué la guerre d’indépendance des Algériens. Pourquoi ?
Le personnage du colonel peut apparaître « surdimensionné » du fait qu’il est l’un des deux protagonistes principaux de l’histoire. Mais il représente dans le film le « bras armé » de la République et, à partir du moment où l’on
choisit de raconter ce qui se passe sur le terrain, il est normal qu’il
prenne une telle importance. Et ce contrairement aux politiques qui se
gardaient bien de trop mettre les pieds sur place. Cela ne diminue en
rien la responsabilité évidente des hommes politiques dont on montre
l’hypocrisie dans la scène de la visite du secrétaire d’Etat. Je crois
que le film explique clairement comment ce gouvernement,
démocratiquement élu, a chastement détourné les yeux après avoir
ordonné à l’armée de rétablir l’ordre par tous les moyens.

Le film est plutôt timide en ce qui concerne la violence. Elle est
suggérée plus qu’elle n’est exposée. A tel point que certains critiques
ont parlé de « film sage ». Qu’est-ce qui a motivé cette option ?

La violence n’était pas le point central du film. Il s’agissait bien
plus de montrer ce qui la provoquait et ce qu’elle entraînait comme
conséquences. Tout le monde aujourd’hui connaît les techniques
employées lors de ce que certains témoins de l’époque osent encore
appeler des « interrogatoires musclés ». Il ne me semblait pas
indispensable de m’étendre là-dessus à partir du moment où l’on
établissait clairement ce à quoi participait le lieutenant Rossi.
Sans qu’elle soit explicite, on sent la présence de François Mitterrand. Il a été ministre de l’Intérieur puis gardes des Sceaux. Est-ce seulement un symbole ?
Il ne s’agissait en aucun cas de porter une charge contre François Mitterrand, même si je suis de ceux qui pensent que le rétablissement dans leurs droits des anciens de l’OAS n’a pas grandi sa gloire... Mais l’évocation de Mitterrand dans le film en fait avant tout le symbole de ces hommes politiques de la IVe République qui n’ont pas su voir, comprendre et anticiper l’inéluctable indépendance de l’Algérie. Il y a peut-être une certaine facilité à les juger 50 ans après si l’on considère qu’ils étaient nés et avaient grandi dans une France dont l’Algérie avaient toujours été partie intégrante. Mais ils se sont enferrés dans une erreur qui a été terriblement dommageable
pour les deux pays.
Peu de films ont été réalisés sur ce drame qui a pourtant profondément marqué la deuxième moitié du XXe siècle. Quelles en sont, selon vous, les raisons ?
Pour ce qui est de la France, il y a toujours une honte évidente à parler et à entendre parler d’une période qui constitue une tâche indélébile sur la réputation du soi-disant pays des droits de l’homme. La conséquence directe de cet état de fait, c’est qu’il est très difficile de financer un film qui revient sur ces faits. La raison généralement invoquée étant qu’il y a peu de chances de faire d’un tel film un succès public.
Ce que la presse a appelé, fort justement du reste, la nouvelle vague du cinéma français, est apparue en pleine guerre d’Algérie. Les principaux cinéastes de ce renouveau ont pourtant négligé la tragédie qui se déroulait sous leurs yeux. Pourquoi à votre avis ?
Peut-être parce que, à l’image de la population française, ils ne
souhaitaient pas revenir sur des évènements qu’un pays entier semblait
vouloir occulter. Cela dit, s’il est aujourd’hui difficile de financer
un tel film, cela était encore bien plus dur à l’époque. La plaie était
encore béante et les producteurs et investisseurs ne devaient pas se
bousculer pour mettre de l’argent dans ce genre de cinéma. Et,
contrairement à un romancier, un cinéaste a besoin de moyens
conséquents pour raconter ses histoires.
La guerre d’Algérie n’a pas produit, comme les précédentes, des « héros ». Est-ce que cela augmente la difficulté pour les créateurs de l’évoquer ?
Certes, le public a besoin de héros, mais ces héros ne doivent pas
nécessairement être positifs. Et quand bien même ils le sont, cela ne
rend pas nécessairement les choses plus simples. Je ne crois pas qu’il
ait été particulièrement facile (je suis même sûr que non) à Rachid
Bouchareb de monter le financement d’Indigènes.
Comment, et le peut-il, le cinéma aidera à décomplexer l’histoire ?
Ne soyons pas naïfs, le cinéma ne changera pas le monde. Il n’est pas
dans ses « attributions » d’éduquer le public. Il s’agit avant tout
d’un échange commercial qui fournit, contre rétribution, un
divertissement. Si ce divertissement peut éveiller la curiosité du
spectateur et faire en sorte qu’il essaie d’en savoir un peu plus sur
tel ou tel sujet, c’est encore mieux. De là à penser que le cinéma
permettra à la population française de considérer plus sereinement
cette part d’ombre que constitue la guerre d’Algérie...
A la vérité historique, certains préfèrent parler d’objectivité, et vous ?
Il faudrait avant tout définir ce qu’est la « vérité historique ».
L’histoire étant déjà en soi une réinterprétation de différentes
réalités établies par différents individus, de quelle vérité
parle-t-on ? Si l’on parle du conflit franco-algérien, s’agit-il
d’objectivité française ou algérienne ou bien d’une
« supra-objectivité » ? Et dans ce cas, qui la définirait ?
Vous êtes-vous inspiré des livres de votre père (2) pour affiner et compléter votre propos ?
Les livres de mon père, parce qu’ils parlent de gens simples pris dans
la tourmente de la guerre, ont bien évidemment nourri mon propos,
apportant de la « chair » à certains personnages du film.
La guerre d’Algérie peut-elle encore intéresser la jeunesse française ?
Je crois que la jeunesse française a d’autres préoccupations. Cette
guerre est celle de leurs grands-parents. C’est à des années-lumière de
leur vie et rares sont ceux en mesure de comprendre à quel point, à
travers le temps, cette guerre continue à influencer la société
française d’aujourd’hui.
Croyez-vous aux bienfaits de la colonisation ?
« Bienfaits » et « colonisation » sont deux termes, pour peu que l’on
veuille bien y réfléchir, totalement incompatibles. Et que certains
hommes politiques français puissent célébrer haut et fort les bienfaits
de la colonisation française relève de l’ineptie. Il s’agit-là d’un
discours d’un autre âge.
un article sur elwatan

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